mercredi 23 novembre 2011

la crise économique : yoyo, casino.

Ecoute ça, Monica. L’homme est le seul animal dont la société dépende d’un
loto. Pour organiser sa jolie société, les hommes s’en remettent à la tenue
d’un loto, c’est pas beau, ça ?
Mon loto : Dao-djaune, Naze-de-dak, Claque 40, Niquez les Ï ! D’accord,
Jones ?

Est-ce que les crapauds organisent des lotos? Non. Crapauds organisent des
raves-parties. Crapauds dépendent leur vie de choses comme taux d’humidité
des mares et qualité des moustiques à bouffer, c’est encore plus bête. A
pus, crapauds !
Crapauds n’avaient qu’à jouer à bourse du loto.

Le politique dépend de l’économique, l’économique dépend du financier, le
financier dépend : du loto. C’est pas du sens du jeu, ça ? Omme est un
animal ludique, on vous l’avait déjà dit.
Est-ce que les orchidées ont le sens du jeu ? Pas du tout. Les orchidées
jouent à rien. Les orchidées sont des planquées. Niquez les orchidées !

Qui passe là au dessus de nos têtes ? C’est loto. Loto peut rapporter petit..
Loto peut et doit rapporter petit à petits et gros aux gros, sinon pas loto..
Qui passe et manque au dessus de nos têtes ? C’est Loto-casino, Loto-nuages,
Loto-météo.
Tiens, mais c’est qu’il fait vent aujourd’hui, force quarante ! C’est la
faute à Météo. Jean-Antoine Séisme et Raphael Raz-de-marée sont passés.
Catastrophe naturelle, on vous dit. Légère . C’est la faute à
L’air-du-temps, Volatilité des marchés volatils, moral des ménages de
ménagères à la berne de moins de cinquante-cinq ans, avis de grand frais sur
mer aux bourses pleines par manque de confiance en.
Résultat : feux de forêt monétaires planétaires. Fallait ranger vos billets..

Milliards partis en fumée.

Nécessité krach ? Non, non, petit à petit. Ecoutez, petits, comme l’oiseau
fait son nid ! Petit, petit… Crash du crunch du krach, ça c’est ancienne
méthode. Une petite claque 10 ou 20 de temps en temps : amplement suffisant..
On s’en aperçoit moins.

Dites, partis vraiment en fumée ?

Qui organise loto ? Pêche au gros. Jamais petits qui pêchent sur territoire
de mer des gros. territoire-merritoire est fait pour pêche de pêche des
gros. Belle pièce, non ? Ça fait deux cent ans que vous nous la jouez, c’est
pas un peu trop long ? Pas du tout ! Plus ça joue longtemps du bras et plus
ça nous fait le bras long. C’est la brasse. N’aviez quà apprendre à nager.
On a aussi crawl appuyé, surf sur meufs et batô beau, tout ça sous pavillon
qui nous plaisent. Vous en commandez un ?

Ecoutez je comprends pas bien. C’est feu de forêt ou mer de liquidité, vous
pouvez répéter. ?
C’est comme on veut. C’est les deux. C’est l’important c’est qu’on pense
catastrophe naturelle, c’est pas nous c’est nature, ça dépend pas de nous,
surtout pas de toi en tout cas, conséquence : rien à faire, vous voyez ?
Alors, convaincu ? Pas de quoi.

Mais dites, vraiment partis en fumée ? Pas plutôt dans des poches ? Des
autres poches ?
Quand la mer monte, grosses et petites poches remplissent. 1, petites : un
peu. 2, grosses : grossement.
Et Pas-de-poches ? Remplissent jamais pas. Mais aussi, elles se vident pas,
hein ! Pas de poches : pas de problèmes. Tenez-le vous pour heureux !
Papa-Pas-de-poches pas trop content, mon enfant. Apprends à dire content,
petit. Bien… Bien pour chéri pas bien dans son corps mais bien dans son
esprit. Installez-vous dans rien qu’on vous dit. Bien c’est bien. C’est
bien-bien de rien. Vivez moins que rien !

Casino ? Ya !
Bourse qui monte… qui monte… qui monte… qui monte… qui monte, ffllloup !
Casino-yo et yo ? Ya, ya… Ya… Est-ce que possibilité ya de faire monter
ya-ya la bourse ? Yes. Bourse qui monte… qui monte… qui monte… qui monte qui
monte, t’achète-je-vends, ffllloup ! Achetez, achetez, achetez, achetez, hop
je vends, achetez, plouf. Vendez, achetez, vendez, achetez, vendez, vendez,
vendez, j’achète-j’achète, plouf. Bon j’arrête parce que votre confiance,
j’ai plus trop confiance.

Diabolo ? Ya-ya-ya. Mais attention, faut pas diaboliser le diabolo, hein !
Diabolo crée des emplois. Diabolo crée croissance. Diabolo crée confiance.
Pas diabolise la reprise qui crée la confiance qui crée la croissance qui
crée la confiance qui crée tout. Diabololo crée conconfiance. Et faudrait
pas casser le thermomètre avec l’eau du bain. Noyer la reprise dans le temps
des cerises. Pas bouger, hein ?
Pas citoyen : consommateur. Pas usager : client. Pas salarié : technicien de
société-surface. T’es content ?

extrait de R’UBU, © Jacques Rebotier

Rebotier a beaucoup lu ce texte en 1999-2000, puis durant le mouvement des intermittents du spectacle à partir de 2002-2003 et les grèves de 2005. Il a été inséré dans L'Adieu aux rochers, un monologue joué par Alain Fromager et mis en scène par l'auteur en 2002, voir http://rebotier.perso.sfr.fr/perf/p14p.html. Il a été publié en 2003 dans l'ouvrage collectif Culture en crise, "Une magnifique désolation" aux éditions de l'Amandier. 

Le texte se place du point de vue (faussement) cynique des manipulateurs de crise, et de leur appel à des métaphores naturelles, notamment météorologiques, prolongeant la métaphore de la liquidité-liquidation de Vengeance tardive. Il sera largement développé dans les chapîtres économies de Description de l'omme.


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