vendredi 25 novembre 2011

rebotier/politics: rebotier crise économie société politique

rebotier/politics: rebotier crise économie société politique: Une traversée de l'œuvre de Rebotier à travers la crise

krach boursier, suite

Ci-dessous la totalité du chapitre sur l'"économie", que nous avons précédemment posté dans la version parue dans Mouvement. Cette publication par Verticales (que nous remercions ici) constitue le chapitre 29 de Description de l'omme. Un des plus longs du livre, il jette un grand pont entre le mot "ploutocratie", énoncé dans le titre, et le mot "plutocratie", forgé pour l'occasion, crase d'un même mécanisme d'oppression dans le pouvoir par l'argent et le pouvoir par les médias. On se souviendra des années Reagan, Murdoch, Tapie, Berlusconi  (ici cités allusivement, voir 29.21), "merci Pluto !"


Il contient en coda un additif sur le blanchîment (et le "noircîment") de l'argent. 

Le chapitre comprend également un "Projet de constitution", qui fait du froid dans le dos, et qui a été mis en scène dans le spectacle De l'Omme, créé en 2006 au Théâtre National de Chaillot. Il s'achève en coda de coda – in cauda venenum – sur une contre-réclame publicitaire de "Jean-François Réclamé, Cœur-de-cible", l'archétype du petit porteur, floué par vocation, et qui dit encore merci (à Pluto, sans doute ?) 

L'argent lui-même, en tant que monnaie, est traité sur un mode candide, mais toujours aussi ironique, dans le chapitre qui précède (28).

29 organisation sociale, ploutocratie, loto

29.1
Pour organiser sa jolie société, les ommes s’en remettent à la tenue d’un loto. L’omme est le seul animal dont la société dépende d’un loto. C’est pas beau ?

29.2
Est-ce que les crapauds organisent des lotos? Non. Crapauds organisent des raves-parties. Crapauds dépendent leur vie de choses comme taux d’humidité des mares et qualité des moustiques à bouffer, c est encore plus bête. A pus, crapauds !
Crapauds n’avaient qu’à jouer à bourse du loto.

29.3
L’omme s’est donné différents lotos, qu’il a pourvus de noms colorés. Principaux lotonymes : Dao-djaune, Naze-de-dak, Claque 40, Niquez les Ï !

29.4
L’omme est un animal ludique.

29.5
Est-ce que les orchidées ont le sens du jeu ? Pas du tout. Les orchidées jouent à rien. Les orchidées sont des planquées. Niquez les orchidées ! Niquez Reine-des-prés !

29.6
Le loto repose sur des boules. Les boules roulent, pleines de bruit et de couleur.

29.7
L’organisation de la société des ommes repose elle aussi sur les boules. Les boules, ou sphères, sont au nombre de trois : la sphère (ou boule) politique, la sphère (ou boule) économique et la sphère (ou boule) financière.

29.8
Règle de base.

29.8.1
Théorie. La sphère financière dépend de la sphère économique, la sphère économique dépend de la sphère politique. Les ommes élaborent la sphère politique.

29.8.2
Pratique. Le politique dépend de l’économique, l’économique dépend du financier, le financier dépend du loto. Quelques uns tiennent la caisse.

29.8.2.1
L’omme est un animal ludique, on vous l’a déjà dit.

29.8.3
Autre théorie. La sphère financière dépend de la sphère économique, la sphère économique dépend de la sphère politique. La sphère politique, ça dépend. (Théorie relativiste.)

29.9
Il est bien difficile de faire reposer quelque chose sur des boules, qui pêchent par instabilité.

29.9.1
La sphère financière fait parfois des bulles.

29.10
Tout le monde joue à Loto, de gré vide ou bien plein.
Ceux qui ne savent pas qu’ils jouent ne gagnent jamais.

29.11
Ceux qui savent qu’ils jouent gagnent quelquefois. Ceux qui savent ce que les autres jouent gagnent à tous les coups.

29.12
Loto-casino, règles.

29.12.1
Règle 1. Personne ne connaît les règles.

29.12.2
Règle 2. Chacun subodore que l’autre connaît les règles.
Il doit bien y avoir des gens qui connaissent les règles !

29.13
Le croupier lance la roulette, avec prestance, puis lance la boulette. La caisse se tourne et se retourne sur un axe. La boulette s’arrête.

29.14
Il doit quand même bien y avoir des règles !

29.15
Les bourses ont des moutons. Il achète, j’achète. Ils vendent, je vends. Les moutons sont blancs, rarement noirs [Voir Expérience Brunetto Latini, chapitre 31]

29.16
La règle existe du seul fait qu’on s’imagine qu’elle existe. La règle est créée par le fait qu’on imagine mal qu’il ne puisse y en avoir une (base de la foi.)

29.17
La règle naît de son absence.

29.18
Bancs de poissons, ou de moutons, nuages d’étourneaux…

29.19
Le croupier ne connaît pas non plus les règles. Mais il tient et fait tourner la caisse.
Beaucoup croient donc qu’il sait.

29.20
Le croupier est notre berger.

29.21
Les-qui-jouent-savent-pas-qu’ils-jouent jouent à l’insu de leur plein gré (Théorème de Virenque). Les croupiers mentent en toute bonne foi (Théorème de Barnard Tapé, révision Jacques Fric-Frac, Jean-Pierre Gaffarien, Tony Nase, Tsar Cosi, Onc’Picsou, Berlucomics, etc).

29.22
La règle existe du seul fait qu’on s’imagine qu’elle existe. La règle est créée par le fait qu’on imagine mal qu’il ne puisse y en avoir une. (Base de la foi.)

29.23
La règle naît de son absence.

29.24
Moins il y a de règles et plus on parle de régulation.

29.25
Il n’y a pas de règles.

29.26
Il existe en revanche des retournements de tendance. Flux et reflux, marées marrantes, jusant, alternance. (Loto-casino-yoyo.)

29.27
On confie son argent, qui n’est pas de l’argent, à des établissements, appelés “manques”.

29.28
L’argent-non argent qu’on gagne en travaillant.

29.29
L’omme qui travaille produit. L’argent travaille aussi, mais autrement. L’argent travaille dans les manques, mais il ne produit rien.

29.30
L’argent monte, la mer se reproduit.

29.31
Quand la mer monte, tout le monde gagne : les petits, un peu, et les gros, gros.

29.32
Quand la mer descend, les petits perdent, un peu, c’est-à-dire tout, et les gros pas mal, c’est-à-dire assez peu.
Les gros-gros-gros gagnent dans tous les cas.

29.33
Au cours de séances d’initiation, certains reçoivent des habilitations à connaître les retournements de tendance un peu avant les autres. (Initiés du premier degré.)

29.34
Les initiés se connaissent entre eux, mais les autres ne les connaissent pas. Ils se contentent de subodorer.

29.35
Ils doutent, ils se doutent. La connaissance de la réalité engendrerait un doute vrai. Ils dubitent.

29.36
Pour éviter la connaissance, les initiés en appellent à la confiance (pour tout de suite) et proclament la “transparence” (pour un peu plus tard).

29.37
Il y a, il y a eu eu, il y a failli avoir transparence.

29.38
Les croupiers sont debout, les autres sont à croupetons croupis (= debout mais plus bas).

29.39
Le croupier est notre Fabergé.

29.40
Les initiés du deuxième degré, ou tendanceurs, s’entr’apprennent à provoquer les tournements et retournements de tendances. Danse.

29.41
Principe: ce qui est rare est cher. J’achète x millions de nullos, le nullos devient cher, très cher : je revends mes nullos. Puis à l’envers. Je vends x millions de nullos, le nullos devient bon marché, très bon marché : je rachète des nullos. Encore une fois à l’endroit.

29.42
Le marché est bien bon !

29.43
Les gros-gros-gros peuvent se payer aussi des avocats, des conseils en détournement, des sociétés d’écrans, des délocalisations paradisiaques et des amnisties circonstanciées.

29.44
L’amnistie généralisée est une séance d’amnésie générale. Dans l’amnistie en gros on ne s’embarrasse pas de détails, on s’oublie les uns les autres avec générosité, on chante et on danse les uns sur autres, les gros-gros sont heureux d’enterrer leurs gros trous dans des trous, les gogos-petits de pas avoir à payer leurs PV.

29.45
Les gros trous des gros sont enterrés dans des trous encore plus gros, les petits trous des petits font des bulles dans les verres, on communie dans la joie pure de la trouité, bonheur.

29.46
Les (gros) trous des (gros) particuliers sont des trous collectifs. Il est bon que le vide profite à tous.

29.47
Les gros-gros-gros sont aussi des gras-gras-gras. Les petits-petits sont maigres, maigres !

29.47
Les petits des gros sont mignons et doués. Ils sont trop choux, voire trognons.

29.48
Les choux sont gras, les vaches sont maigres et enragées. Mais sacrées !

29.49
Petits… petits…

29.50
Quand les riches perdent des milliards, ce n’est pas très grave, il y en a d’autres. (Des milliards.) Et puis, eux, ils ont le sens du jeu.

29.51
Quand les pauvres perdent, ce n’est pas très grave non plus, il y en a d’autres. (Des pauvres.)

29.52
Quand les pauvres et les pauvres qui se croient riches perdent leurs économies, ils ne savent pas en rire. Ils n’ont pas grand sens du jeu. Certains pensent qu’ils ne méritent même pas de jouer.

29.53
Peut-être les pauvres suivants auront-ils un meilleur sens du jeu, le bon goût du goût du risque, peut-être connaîtront-ils l’appel de Jean-Ernest L’Aventure ?

29.54
Politique de l’offre (et de la demande). Vous ne demandez rien, mais je vous l’offre (des produits). Vous n’offrez rien, mais je vous le demande (du travail). Allez et redemandez-en.

29.55
Jean-Gabriel L’Offre et Antoine-Marie La Demande sont dans un bateau. Nous vous remercions de bien vouloir ramer. Ciao !

29.56
Quand la manque gagne en jouant avec votre argent, c’est pour elle ; si elle perd trop, elle dépose son bilan : c’est pour vous. On dit alors qu’elle “manque”, c’est-à-dire vous. (Règle pile-tu-perds-face-je-gagne.)

29.57
Règle de base. Les profits sont privés, les pertes sont publiques.

29.58
Que la mer descende ou qu’elle monte, on prend des paquets de mer.

29.59
Pour éviter l’émergence d’un système rationnel (logique), les ommes sont obligés de mettre leur argent-non argent dans des manques. Voir “raquette”, “racket”, “raquer”.
Merci.

29.60
Les manques aussi font la manche.

29.61
Phases de jeu. Quand la mer descend brutalement, il y a “krach”. On dit aussi “tempête” (métaphore maritime) ou “feu de forêt” (métaphore ignée). C’est là, assure-t-on, que des milliards sont “engloutis”, ou “partis en fumée”.
Feu ou eau, l’important est de donner une impression de météo.

29.62
Le monde est plein de danger et de catastrophes naturelles. Vous devez apprendre à vous aimer les uns les autres, à vous aimer le danger, les catastrophes, le monde, la nature, les poches qui ont des trous.

29.63
Les métaphores ont un excellent dos.

29.64
(En vrai : les milliards ne sont pas du tout partis en fumée, mais dans d’autres poches. Chut…)

29.65
Quand une entreprise perd, on dit qu’elle “faillit”, ce qui revient à manquer aussi. Si elle est grosse-grosse, il y a grand intérêt à nationaliser ses pertes, comme ça tout le monde peut payer, voir “impôt”, “austérité”.

29.66
La contribution est exceptionnellement exceptionnelle.

29.67
Classique phase de jeu. Tu privatises, je nationalise, tu privatises, je nationalise. Et tu privatises. Quand on nationalise, on rationalise, chacun met la main à la poche en vue d’un bien commun. Quand on privatise, on vend à quelques-uns un bien commun : pourquoi ne reverse-t-on pas quelque chose à chacun ?

29.68
Presque tous perdent dans tous les cas : c’est l’alternance (économique, politique).

29.69
L’économie n’est pas économique du tout.

29.70
Il y a tout intérêt à conserver un état, et même à développer des collectivités territoriales, régions, communes, départements du monde. Comme ça tout le monde peut jouer à payer.

29.71
La constitution (du corps social) est exceptionnelle.

29.72
Autre antiphase de jeu. Quand on produit plus qu’il ne nous faut (surproduction), pourquoi on ne donne-t-on pas à ceux qui crèvent ? Parce que leur vie n’a pas de prix. Et les prix pèsent plus lourds que leurs vies.

29.73
Leurs corps sont si maigres, aussi !

29.74
Le marché n’est pas du tout unique, tout juste un peu inique.

29.75
Une surproduction particulière. Il y a quand même une chose que les pays riches distribuent aux pays pauvres avec beaucoup de générosité : quand il y a guerre, on leur lance et relance des missiles et des bombes, tout-à-fait gratuitement. On observe alors une relance de l’économie. (La nôtre.) Jeu, et set.

29.75.1
Cette surproduction-là est aussi une magnifique superproduction .

29.76
Le marché n’est pas commun du tout, tout juste un peu vulgaire.

29.77
La main du marché est invisible, indivisible, unique. Le bras du corps invisible du marché n’a pas de tête.

29.78
Le corps du marché court sans tête.

29.79
Le marché inique est nécessaire, obligatoire, unique. Il fallait l’avoir inventé.

29.80
C’est pourquoi dans son immense sagesse, l’omme, après bien des tâtonnements, pouvoir absolu, oligarchie, loto-casino, démocratie, yoyo, en vint à adopter le seul régime qui vaille : la plutocratie. Non pas la ploutocratie, qui est le gouvernement par l’argent des plus riches ; mais la plutocratie, qui est le gouvernement par Pluto.

29.80.1
Pourquoi Pluto, et pas Goofy ?
Parce que Goofy est un omme à tête de chien qui parle l’omme. Pluto est un chien qui parle chien. Dont acte.

29.80.1.1
L’omme est le seul animal dont la société dépende d’un loto. Pour organiser la société, les ommes s’en remettent à la tenue d’un loto. C’est beau. C’est Pluto. Merci Pluto.


José-Manuel Vide-aux-as a vendu sa faculté capacité de s’amuser, puis sa force de travail, ses bras, et sa capacité de penser, et puis son temps, il achète maintenant les pensées des autres afin d’en remplir sa tête, il n’a plus vraiment toute sa tête, il l’a vendue et la vend quotidiennement au penser des autres.


de la liberté de l’égalité.
Un projet de constitution

Article 1
Tout omme a le devoir impératif d’être libre.

Article 2
La liberté est obligatoire pour chacun, sauf lorsqu’elle vient entraver l’exercice libre de ses devoirs.

Article 3
Tout hindividu a le devoir d’avoir le droit de travailler en tant qu’esclave.
« Le travail rend libr’ ». (H’egel, Goebbel’s, fazendeiros…). Il est dans l’obligation de la liberté de rendre travailleur.

Article 4
Le travail rend ivre.

Article 5
L’intérêt général s’arrête là où il dérange l’intérêt des particuliers (et en particulier de certains particuliers).

Article 6
L’exercice de la pensée hindividuelle est libre et souveraine mais, pour des raisons pratiques, les médias seront la propriété de particuliers.

Article 7
Tout hindividu aura droit à confier son intérêt particulier à la BIG, Banque d’Intérêt Général, qui gérera au mieux de leur intérêt l’intérêt des particuliers.

Article 8
L’hindividu a tout intérêt à souscrire pleinement à l’intérêt général de certains particuliers.

Article 9
Il conviendra ainsi de distinguer avec soin entre particuliers-particuliers et particuliers.

Article 10
Cas particulier de la femme.
Le droit-de-l’omme de la femme à être librement contrainte est inaliénable. (Voir décret d’application “voile »).

Article 11
L’intérêt général de masse ne pourra pas excéder 0,005 %.

Article 12
L’intérêt général des particuliers-particuliers est de l’intérêt de tous et ne peut être limité.

Article 13
Celui qui est plus égal et plus général que les autres a le droit-devoir de les conduire au mieux de son propre intérêt général.

Article 14
L’intérêt général-général n’a généralement pas grand intérêt.

Article 15
Tout ce qui n’est pas interdit est obligatoire (Ussolini).

Article 16
Si l’application de la présente constitution vient à présenter des difficultés, des pouvoirs pleins et spéciaux pourront être conférés au général Intérêt.

Article 17
La fraternité sera remplacé par la paternité.

Article 18
Au concept de mère-patrie, illisible pour contradiction dans les termes, on substituera le concept de père-matrie.

Article 19
Le général Pierre-François-Georges Intérêt exercera l’exercice de ses pleins pouvoirs dans l’intérêt de l’intérêt général.


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confession de françois-marie réclamé, cœur-de-cible

J’ai été très communément niqué en rase campagne
J’ai tout acheté
Et j’ai tout vendu :
Tout perdu

mercredi 23 novembre 2011

Plutocratie

Description de l'omme a été écrit par bribes, de 1995 à 2010, et a fait l'objet de lecture et de mises en espace, notamment en Allemagne (Schauspielhaus de Hamburg, Thalia-Theater de Halle). Le chapitre économie était notamment présent en 2004 dans le parcours imaginé pour tout l'espace de la Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon, puis l'année suivante dans La Tragédie de Pluto, créé aux Théâtre des treize vents de Montpellier. Il y était distribué pour Renaud Bertin et Jean Delécluse, en une sorte de match de tennis verbal entre deux acteurs en situation d'arbitres.

Ici, avec des photographies de l'auteur portant la trace de ces voyages mentaux, la version publiée dans le n°38 de la revue Mouvement (novembre2006), en avant-première de l'édition Verticales (2010).